Il était une fois … un miroir.

 

    Un miroir avait traversé les siècles et les époques, son esprit était passé des bronzes patinés aux étains réfléchissants. Sa longue vie avait vu défiler tant de visages et tant de personnages. Il était lui devenu sage au fil de ces temps et de ces rencontres.

    Enfin rencontres …

    Il rencontrait lui des personnes, toutes diverses et si humaines, mais elles ne le rencontraient jamais. Elles ne faisaient que se voir, et pour les plus téméraires se voir au delà de ce qu’elles montraient.

    Car notre miroir reflétait, il était né pour cela. Il reflétait certes l’image, mais il reflétait aussi l’âme. Pourquoi lui avait eu ce don ? Il y en avait-il d’autres de part le monde ? Jamais il ne le su. C’était comme cela et il avait appris à vivre avec ce fardeau de questions.

    Il avait connu l’homme, le mâle dominant, le guerrier, qui même fort de ses muscles, avait le besoin de se voir. Il avait, à ces hommes de guerre, tenté de leur renvoyer leur âme. Tantôt celle d’un réel guerrier, tantôt celle d’un homme arrivé là par destin et qui ne pouvait supporter sa condition. Parfois, l’homme se voyait. Rarement, il se découvrait.

    Il avait connu la femme, celle de tout temps que l’on avait relégué à se voir. Il tentait de la même manière de leur faire voir autre chose, leur véritable âme. Avec autant de succès que pour ces hommes. Elles se voyaient parfois et se découvraient rarement. Nulle inégalité ici, et de tout temps il pût le voir et l’observer.

    Sa sagesse fût peut-être initiée par tant de ces observations silencieuses.

    Puis vînt un jour, où il croisa le chemin de vie de plusieurs amis.

    Le premier de ces amis, était comme beaucoup qu’il avait déjà vu de part sa vie à lui. Le reflet n’était qu’image, et il savait qu’il ne pouvait lui refléter son âme. Il n’aurait jamais pu la voir, et même s’il l’avait vu, il n’aurait pu supporter cette vision. Notre miroir avait développé un certain sens de l’humain en plus de sa sagesse. Une connaissance de ces âmes qu’il avait tant vu.

    Le second de ces amis, était un peu plus rare. Il était de ceux qui pouvait voir, mais qui ne comprenait pas forcément tous les reflets de son âme renvoyée. Il était de ceux que le miroir aimait bien, de ceux qui étaient intrigués, de ceux en qui des questions pouvaient naître. Ceux-là étaient son plaisir rare, car ils pouvaient cheminer s’ils le voulaient, s’ils osaient. Cheminer sans lui, lui n’était que la petite et modeste clef. La porte, et ce qu’il se trouvait derrière, appartenaient à cet être.

    Le troisième de ces amis, était connu du miroir, c’était le réfractaire. Pas celui qui ne veut ou peut voir, mais celui qui voit et refuse, celui qui tourne la tête lorsqu’il voit son âme. Il la voit totalement et ne veut pas l’accepter. Il sait qu’il est ce qu’il est et que son âme est différente. Il sait qu’il est trop tard pour lui. Quelque soit son âge, le miroir savait que ces êtres souffraient terriblement.

    Le quatrième était elle. Elle dans ce groupe de ils. Elle était différente. Le miroir en avait vu que quelques uns ou unes à travers les âges. Mais elle était bien au delà de ce qu’il avait déjà observé. Cela fût une grande surprise malgré sa grande expérience. Elle voyait, regardait et cherchait. Elle voulait plus, elle voulait voir encore derrière l’âme. Elle demandait au miroir quelque chose qu’il ne savait pas faire : aller au delà de l’âme. Il ne savait pas ce qu’il y avait derrière, et même s’il y avait quelque chose. Jamais il ne s’était posé la question.

    Elle lui demandait d’aller plus loin que jamais il n’était allé.
    Elle lui demandait de voir son âme à lui pour qu’elle voit derrière la sienne.

    Le miroir était un peu perdu. Il se savait sage, il avait ce recul que l’âge donne au fil des siècles et des visions des âmes humaines. Mais jamais il ne s’était vu lui. Jamais il n’avait songé à se regarder, à voir son âme. Et il se trouva un peu bête. Un peu prétentieux finalement. Très imbu de sa connaissance, de n’avoir jamais imaginé retourner le miroir vers lui.

    Mais comment aurais-je pu, se demanda-t-il alors. Je suis le miroir, je ne peux me regarder, je ne peux me retourner sur moi-même. Je ne me suis même jamais vu.

    La réponse fût simple et rapide, apaisante. Il ne pouvait pas en effet. Il aura fallu qu’il la rencontre pour qu’elle lui permette cela.

    Alors, le miroir lui demanda de se voir lui à travers elle. Il lui demanda de ne réfléchir que son âme et de faire le miroir. Elle accepta avec plaisir et excitation de pouvoir faire cela pour le miroir. Sans penser à sa demande initiale. Elle le faisait pour lui, lui qui avait tant donné, enfin on pouvait lui donner un peu.

    Et le miroir vit. Il se vit, à nu. Son âme. Multiple et complexe, colorée et nuancée. Le reflet de toutes ces âmes vues, nourrie et construite par les autres, tous ces humains de cette humanité qu’il avait tant observé. Il était riche. Riche de ces diversités. Riche de sa diversité.

    Le miroir faillit pleurer. Elle pleura.

    Alors le monde changea.

    La quatrième des amis, ne lui demanda plus de voir derrière son âme. Elle avait vu tant de beauté et de richesse dans l’âme du miroir, qu’elle vécue heureuse jusqu’à sa mort en louant sa rencontre avec ce si beau miroir.

    Le second des amis, continua sa vie à se questionner, sans avoir pu voir l’âme du miroir qui aurait été trop pour lui. Il chemina et vécu sur un chemin qui le fît avancer.

    Le premier des amis, ne voulut pas voir l’âme du miroir, il vécut sa vie et mourut.

    Le troisième des amis ne supporta pas ce qu’il vît, l’âme du miroir fût trop violente pour lui.

    Il brisa le miroir, et le miroir mourut.

    Le troisième des amis vécut sans savoir ce qu’il avait fait.

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